Ce qu’il faut savoir du phénomène
Les travailleuses du sexe se professionnalisent. L’adoption d’internet en lieu et place de la rue pour se mettre au contact des clients, l’usage indispensable du téléphone portable et de l’ordinateur, la grille des services et des prix, voici entre autres éléments qui contribuent à remodeler l’univers rarement exploré du sexe en ligne.
À l’ombre de la curiosité gouvernementale la vente des services sexuels a pris d’importantes proportions sur la toile. Grâce au téléphone portable les villes de Douala et Yaoundé ont vu émerger une foule de vendeuses du sexe. Des vendeurs aussi. À l’issue d’une immersion d’une dizaine de jours dans le site internet jedolo, de quelques rencontres, les constats effectués sont pour le moins effarants.
Le milieu de la prostitution en ligne est investi complètement par des filles à peine sorties de l’adolescence. Il n’est pas rare de trouver des profils avec un âge déclaré de vingt ans. Toutefois la moyenne d’âge de douze profils pris au hasard sur un site comme cm.jedolo.com est de vingt trois ans. De rares profils des femmes de trente figurent et invoquent leur maturité pour s’arracher les services des clients qui regardent encore à la maturité. Autant dire qu’à cet âge on est bon pour la rue et bien moins pour la toile.

Au cours de nos entretiens téléphoniques et des échanges qui s’en sont suivis sur WhatsApp, nous avons fait le constat d’un milieu du sexe en ligne où gravite des femmes instruites. Aucune d’entre elle n’a voulu nous donner son niveau d’étude, mais au travers des tournures de langue et de leurs écrits sans coquille aucune, il apparaît qu’elles ont fait des études secondaires voire universitaires.
Le téléphone portable et internet au service de la prostitution en ligne
Dans l’univers camerounais du sexe en ligne, le téléphone portable est l’outil de travail et la connexion Internet l’accessoire indispensable. Le contact avec les prostituées en ligne s’établit grâce au coup de fil. En effet sous chaque annonce un numéro de téléphone est disponible. Les formules de politesses lors de ces entretiens ne sont pas obligatoires. L’usage du nom qui figure en haut de l’annonce est conseillé. Car autrement, elles vous ignore. L’explication en est qu’elles ont une autre vie et tiennent à garder inviolées les frontières de celle-ci. L’usage de leur pseudonyme par contre oriente l’entretien de facto vers le sexe. Mais une fois la sollicitation faite clairement l’entretien se poursuit via WhatsApp à leur demande. Les villes de Douala et Yaoundé restent les pôles importants de ce commerce. Sur un total de 3387 annonces faites sur le site cm.jedolo.com, Douala totalise1925, Yaoundé 1272, Bafoussam 95, Kribi 42, Bertoua 13, Ngaoundéré 6… suffisant pour se rendre compte que le phénomène est lié à la disponibilité de la connexion internet. Il diminue à mesure qu’on s’éloigne des grandes métropoles économiques.
Une grille tarifaire harmonisée presque
Le sexe en ligne fonctionne telle une entreprise organisée. Les services ont un nom et un tarif quasi harmonisée entre toutes les donneuses de joie. Presque toutes exigent le montant de soixante mille francs CFA pour une nuit de sexe. La nuit dans l’univers des travailleuses du sexe commence à vIngt deux heures et pour d’autres à vingt trois heures et se termine peu avant l’aube. En cause elles doivent recevoir leurs hôtes de manière incognito et les congédier avant l’aube. Difficile de trouver des femmes qui veuillent passer plusieurs jours aux côtés du client. Huit sur dix y sont vertement opposées. De quoi se demander si leur absence prolongée à leur lieu de résidence ne provoquerait pas des vagues dans leur vie. J’ai voulu savoir si elles sont mariés ; en vain. Cette question a été réprimée ainsi que celle sur la maternité de ces bonnes âmes.
Les tarifs sont élevés. Le plus bas est au dessus des moyens du camerounais lambda. Là-dessus Ta petite pétasse bien fraîche, une fille de joie qui évolue à Douala propose les prix suivants : « Un coup pipe =15k, deux coups pipe =25k, deux coups simple= 20k, Sieste=30k [ndlr : deux heures], massage simple=20k, massage avc finition =35k, partouze =60 k, sex cam =10k, nuitée= 60k ». Pour sa part Salope et Cochonne Appouchou propose des services particuliers laissant l’impression que des spécialités existent au sein des vendeuses de sexe. Dans son annonce elle précise entre autres que « 1 coup pipe 15mil, bain sensuel 30 mil, sexcam 15 mil, pipe anulingus 30 mil, fisting vaginale 50 mil ou fétichisme 50 mil. Les homosexuels sont de la partie parfois. C’est le cas des partouzes demandées par certains clients désireux d’un homme et d’une femme à la fois. Ces derniers n’ont pas de profil dans les sites internet tel que nous l’a confié Douala un coup à 4000 lors de notre rencontre à Beedi, quartier populaire de la capitale économique.
Pour ces donneuses de plaisir l’univers du sexe c’est le luxe. Pas de temps à perdre avec des clients qui marchandent. C’est à prendre ou à laisser. D’ailleurs lorsque le client se plaint des prix élevés des services Ta petite pétasse bien fraîche lui répond « C’est le monde du luxe b ». Une manière de dire que les personnes qui s’invitent dans ce monde doivent s’armer de moyens financiers nécessaires pour satisfaire aux exigences de celui-ci. « 600 mil je vous prend à charge quatre jours » me dira cette dernière. J’offre de payer cent cinquante mille francs avant de voir voir opposé un refus catégorique. La conversation prend fin en queue de poisson.
Prostitution et pornographie
D’autre services érotiques en lien avec la prostitution se vendent en ligne. En effet les prostituées font des vidéos pornographiques qu’elles mettent en vente auprès des clients et même de toute personne ayant sollicité leurs services un jour. C’est le cas de Pauline qui me propose « six vidéos à 1600 FCFA, onze vidéos à 2600 FCFA , 20 vidéos à 3100 FCFA …cent trente vidéos à 10200 FCFA ». Elle précise d’ailleurs que : « les vidéos sont tournées avec les filles hétéro, les filles bi, les lesbiennes et des partouzes ». Le nombre impressionnant de vidéos qui sont mises à la vente en dit long sur la taille de l’entreprise de production de celle-ci.
Pas de temps à perdre
Dans l’univers des vendeuses en ligne du sexe, le temps c’est de l’argent. Les échanges ne durent pas. Les phrases sont courtes. Vraiment courtes. On va droit au but. Le vocabulaire ne s’encombre pas de mots compliqués et aux sens multiples. Tout est dit sans détour pour éviter de se répéter. On appel tout par son nom sans que cela ne heurte ni les clients ni les vendeuses autrices de ce vocabulaire dégradant. Pour aller vite, les offres sont préenregistrées. La conversation peut commencer et se terminer en deux minutes comme en témoigne la capture d’écran ci-dessous.
Capture d’écran de la conversation avec Chou Mon Bb, une vendeuse de sexe en ligne dans la ville de Douala.

Pour les prostituées en ligne les noms comptent. Ce sont des marques à la limite. Tout porte à croire que le succès de cette entreprise libertine repose sur le nom de la bonne dame, devenue pour l’occasion un produit, un simple produit. Salope et cochonne appouchou, Bombe sexuelle aux envies de baise intense, Seins papaye au cul poilu, ta petite pétasse bien fraîche ou Jolie Skyni Brune Avc un cul en or. Le nom est fait pour annoncer les couleurs de l’acte sexuel et mettre de l’eau à la bouche du client. Certains noms sont prisés et reviennent de manière récurrente. C’est le cas de Ta Pétasse, Appouchou, Cochonne. Ton cul…
Les photos ici sont toutes vulgaires. Les parties intimes de certaines sont exposées avec fantaisie. Seul le visage n’apparait pas par soucis de conserver un brin de dignité à ces filles de joie. La morale n’a pas sa place. On parle sexe, argent et plaisir sexuel. Le téléphone est un bureau virtuel et le site jedolo.com, une sorte d’étagère sur lequel on s’expose. J’ai interrogé quelques unes sur le fait de se mettre en spectacle de cette façon. Aucune n’a souhaité répondre et dans de nombreux cas la conversation a tourner court. En effet les travailleuses du sexe n’apprécient pas les curieux. Là-dessus Ta petite pétasse bien fraîche, répondant à ma question relative à son âge me dira « vous posez trop de questions ». L’instant d’après elle n’était plus là. Déconnexion !

Un univers de la prostitution encadrée par une sorte de réglementation et un souci de sécurité
La prostitution en ligne est encadrée par des règles édictées par ses promoteurs. Par exemple cm.Jedolo.com met les clients éventuels en garde contre les envois d’argent avant la rencontre. « Ne jamais avancer de paiement sans être avec la personne concernée… Ne jamais payer le transport à une cliente que vous ne connaissez pas » peut-on lire tout en bas du numéro de téléphone des donneuses de joie.
La sécurité compte pour toutes les travailleuses du sexe. Elles disposent toutes d’une chambre au quartier, dans un motel et pour les plus cotées dans un hôtel de la place. Sur un total de Douze femmes sollicitées pour un moment d’intimité en dehors de leur zone de confort, seules deux sont prêtes à venir à ma rencontre partout où je peux me trouver dans la ville de Douala. Elles ont exigé pour ce déplacement la somme de deux mille cent francs CFA.. Les autres ne transigent pas. Ce sont elles qui reçoivent. Le client se déplacent vers elle c’est à prendre ou à laisser. Toutes les annonces se termine par une précision