Le deuxième forum national mobilise les acteurs clés pour une révolution des pratiques sécuritaires
Alors que l’industrialisation s’accélère au Cameroun, le forum national sur la sécurité industrielle qui se tient actuellement à Douala devient une plateforme cruciale pour repenser les normes et engager tous les acteurs dans une démarche préventive efficace face aux risques technologiques et environnementaux croissants.
La deuxième édition du Forum National sur la Sécurité Industrielle a ouvert ses portes hier mardi 18 mars 2025 à Douala, capitale économique du Cameroun, réunissant un panel impressionnant d’acteurs du secteur industriel, de représentants gouvernementaux, d’experts internationaux et de membres de la société civile. Placé sous le thème évocateur “La sécurité : un enjeu clé du développement industriel”, cet événement de trois jours s’impose comme une plateforme essentielle de dialogue entre toutes les parties prenantes concernées par l’avenir industriel du pays.
Dans un contexte de multiplication rapide des installations industrielles sur l’ensemble du territoire camerounais, ce forum arrive à point nommé pour adresser le paradoxe du développement industriel : ces infrastructures constituent à la fois un moteur puissant de croissance économique et un vecteur potentiel de risques technologiques et environnementaux considérables lorsque les normes de sécurité ne sont pas rigoureusement respectées.
Lors de la cérémonie d’ouverture qui a enregistré une participation massive, le Dr. Emmanuel Nganou, expert en gestion des risques et sécurité industrielle, a dressé un constat alarmant : “Beaucoup d’entreprises succombent aujourd’hui soit à cause du manque de connaissance de la sécurité de la part des employés, soit à cause du non-respect des règles de sécurité par les entreprises, soit à cause de la réglementation inadéquate à la base. Cette triple problématique constitue un véritable frein au développement durable de notre tissu industriel.”
Les chiffres présentés lors des premières sessions confirment cette inquiétude. Au cours des cinq dernières années, le Cameroun a enregistré plus de 120 incidents industriels majeurs, dont 37% auraient pu être évités par l’application stricte des procédures de sécurité existantes. Ces incidents ont non seulement causé des pertes économiques estimées à plus de 45 milliards de FCFA, mais ont également entraîné des conséquences dramatiques sur le plan humain et environnemental.
Pour Madeleine Tchuinté, directrice de la sécurité industrielle au Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique, l’urgence est de passer d’une culture réactive à une approche proactive : “Malgré le cadre réglementaire mis en place par le gouvernement pour prévenir les accidents et renforcer la résilience des industries, nous constatons encore de nombreuses lacunes dans son application. Nous avons régulièrement la visite conjointe des ministères, mais il faut que le patronat puisse s’acquérir de la mission de la sécurité et que cette notion soit réglementée et prise à cœur par l’ensemble des acteurs.”
Les ateliers organisés aujourd’hui 19 mars ont permis d’explorer en profondeur les différentes dimensions de la sécurité industrielle, allant de la formation du personnel aux technologies de pointe en matière de prévention des risques. Un accent particulier a été mis sur les solutions adaptées au contexte camerounais, tenant compte des réalités économiques et socioculturelles spécifiques du pays.
L’intervention remarquée de Gilbert Nkodo, représentant du ministre des Mines, a souligné les avancées significatives réalisées depuis la première édition du forum : “Nos progrès en matière d’industrialisation ont permis la création d’emplois et l’amélioration progressive de notre balance commerciale. Toutefois, ces avancées ne doivent pas se faire au détriment de la sécurité des travailleurs et des populations environnantes. C’est pourquoi le gouvernement s’engage à renforcer les mécanismes de contrôle et à soutenir les initiatives visant à promouvoir une culture de sécurité industrielle.”
Le forum a également été l’occasion de mettre en lumière les initiatives innovantes portées par la société civile et le secteur privé. Plusieurs entreprises pionnières ont présenté leurs systèmes de management de la sécurité, démontrant qu’investir dans la prévention constitue non seulement une obligation morale mais également un avantage compétitif à long terme.
Les représentants du secteur bancaire et des assurances, présents en nombre, ont activement participé aux débats, soulignant l’importance croissante des critères de sécurité dans l’évaluation des risques financiers. Joseph Mbarga, directeur des risques à la Commercial Bank of Cameroon, a notamment déclaré : “Les institutions financières intègrent désormais systématiquement les paramètres de sécurité industrielle dans leurs processus d’octroi de crédit. Une entreprise qui néglige cet aspect verra non seulement ses primes d’assurance augmenter mais pourra également rencontrer des difficultés à accéder au financement bancaire.”
Les participants ont salué l’approche multisectorielle adoptée par les organisateurs, permettant d’aborder la sécurité industrielle sous ses multiples facettes : technique, réglementaire, économique et humaine. La présence de délégations venues d’autres pays d’Afrique centrale a par ailleurs enrichi les échanges, favorisant le partage d’expériences et l’identification de bonnes pratiques applicables à l’échelle régionale.
La journée de demain, qui marquera la clôture de cette deuxième édition, sera consacrée à l’élaboration d’une feuille de route concrète pour l’amélioration de la sécurité industrielle au Cameroun. Les recommandations issues des différents ateliers seront synthétisées dans un document qui sera soumis aux autorités compétentes pour implémentation.
Selon les organisateurs, l’objectif est de parvenir à des “avancées réelles pour la sécurité de nos industries” à travers des engagements concrets de la part de tous les acteurs impliqués. Un mécanisme de suivi des recommandations sera également mis en place pour s’assurer que les discussions ne restent pas lettre morte une fois le forum terminé.
Face aux défis majeurs que représente la sécurité industrielle pour le développement économique du Cameroun, ce forum s’affirme comme un catalyseur essentiel de changement. En rassemblant toutes les parties prenantes autour d’une vision commune, il pose les jalons d’une industrialisation plus sûre, plus responsable et ultimement plus durable pour le pays.
“La sécurité n’est pas un coût, mais un investissement”, a rappelé en conclusion le président du comité d’organisation. “C’est sur cette conviction que nous devons bâtir l’avenir industriel du Cameroun.” Un message fort qui résonne particulièrement à l’heure où le pays ambitionne d’atteindre l’émergence économique à l’horizon 2035.
Le programme pour la dernière journée de ce forum prévoit également une série de formations pratiques destinées aux responsables de sécurité des entreprises camerounaises. Ces sessions seront animées par des experts internationaux et porteront sur des thématiques essentielles telles que l’identification et l’évaluation des risques, la mise en place de systèmes d’alerte précoce, et la gestion des situations d’urgence.
Par ailleurs, une exposition technologique en marge du forum permet aux participants de découvrir les dernières innovations en matière d’équipements de sécurité industrielle. Des démonstrations pratiques sont organisées tout au long de la journée, offrant aux industriels l’opportunité de s’informer sur les solutions disponibles pour améliorer la sécurité de leurs installations.
Le Dr. Paul Essomba, coordonnateur du Réseau Camerounais pour la Sécurité Industrielle (RECASI), a souligné l’importance de capitaliser sur cette dynamique positive : “Ce forum constitue une étape cruciale dans notre quête collective d’une industrie plus sûre. Cependant, le véritable défi commence après, lorsqu’il s’agira de traduire les recommandations en actions concrètes sur le terrain. C’est pourquoi nous mettons en place un observatoire national de la sécurité industrielle qui permettra de suivre les progrès réalisés et d’identifier les domaines nécessitant des interventions supplémentaires.”
Cette initiative, saluée par l’ensemble des participants, illustre la volonté des acteurs du secteur de s’inscrire dans une démarche d’amélioration continue. Elle témoigne également d’une prise de conscience croissante quant à l’importance stratégique de la sécurité industrielle pour l’avenir économique du Cameroun.
À l’issue de ce forum, une charte nationale pour la sécurité industrielle sera proposée à la signature des différentes parties prenantes. Ce document engagera les signataires à respecter un ensemble de principes et de bonnes pratiques visant à garantir un niveau élevé de sécurité dans les installations industrielles camerounaises.
Le ministre de l’Industrie, qui clôturera personnellement les travaux demain, devrait annoncer plusieurs mesures concrètes, notamment le renforcement des inspections de sécurité et la mise en place d’un fonds spécial pour soutenir les PME dans leurs efforts d’amélioration de la sécurité.
Cette deuxième édition du Forum National sur la Sécurité Industrielle marque ainsi un tournant décisif dans l’approche de cette problématique au Cameroun. En plaçant la sécurité au cœur des préoccupations industrielles, elle contribue à jeter les bases d’un développement économique véritablement durable et responsable pour le pays.