Du coton brut aux rayons des grandes enseignes européennes, le Bénin réinvente son modèle économique et s’impose comme un acteur incontournable de l’industrie textile mondiale.
Il fut un temps où le Bénin se contentait de vendre son coton à l’état brut, laissant à d’autres le soin de le transformer et d’en capter la valeur. Ce temps est révolu. Aujourd’hui, des vêtements fabriqués sur le sol béninois traversent la Méditerranée et s’affichent fièrement dans les magasins européens. Une révolution silencieuse, mais d’une portée considérable.
Au cœur de cette transformation se trouve la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), un vaste complexe industriel situé à quelques kilomètres de Cotonou. Initié sous l’impulsion du président Patrice Talon, lui-même ancien magnat du coton, ce hub industriel vise à transformer le coton et d’autres produits agricoles en textiles et vêtements destinés à l’exportation vers l’Europe, l’Asie, l’Afrique et les États-Unis.
La philosophie qui sous-tend cette initiative est simple mais puissante. « Au lieu de vendre des matières premières à l’état brut, nous les transformerons au Bénin », a déclaré Létondji Beheton, directeur général de la GDIZ. Une vision qui se traduit désormais en actes concrets.
En juin 2024 que l’histoire s’écrit. Le Bénin franchit une étape significative en expédiant ses premiers vêtements produits localement vers l’Europe : une cargaison de 80 000 leggings pour enfants, destinés à la chaîne française de prêt-à-porter KIABI, envoyée depuis la Zone industrielle de Glo-Djigbé.
Cette enseigne, qui possède près de 563 points de vente en France, en Espagne, en Italie, en Afrique et au Moyen-Orient, est ainsi devenue la première grande marque européenne à s’approvisionner directement au Bénin.
Ce premier envoi n’est que la pointe de l’iceberg. Cette commande marque le début d’une collaboration fructueuse entre SIPI-Bénin et KIABI, avec un engagement de 2 millions de pièces de vêtements pour 2024 et 4 millions pour 2025. L’ambition de KIABI va encore plus loin : son CEO Sourcing, Penagos Juan, a affirmé que l’objectif est de produire à terme 30 millions de pièces en Afrique, en utilisant du coton 100% Made in Africa.
La dynamique enclenchée avec KIABI a rapidement fait des émules. La GDIZ a procédé à sa première exportation de vêtements pour la marque américaine U.S. Polo Assn., en partenariat avec INCOM S.P.A., détenteur de la licence de la marque sur le marché européen. Les vêtements sweat-shirts à capuche, polos et t-shirts sont destinés au marché italien.
Cette collaboration, dont les volumes sont estimés à plus d’un million de pièces au cours des prochaines années, témoigne de l’intégration croissante de la GDIZ au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales du prêt-à-porter. Sans oublier la marque américaine The Children’s Place, avec laquelle des contrats de livraison ont également été signés.
L’impact potentiel de cette transformation est considérable : l’initiative vise à créer 300 000 emplois d’ici 2030, dont jusqu’à 250 000 dans le filage, le tissage et la fabrication de vêtements, et à augmenter les exportations de 5 à 10 milliards de dollars sur une décennie, renforçant ainsi le PIB du Bénin de 4 à 7 milliards de dollars d’ici 2030.
Le Bénin demeure l’un des premiers producteurs africains de coton, et l’essor de la transformation locale constitue un signal fort de création d’emplois et de capture de valeur sur place. Finis les temps où la richesse du sous-sol et des champs partait enrichir d’autres économies.
Le succès du « Made in Benin » dépasse les frontières nationales. Il incarne une vision de développement que de nombreux pays africains cherchent à reproduire : celle d’une industrie qui monte en gamme, qui crée de l’emploi local, et qui parle d’égal à égal avec les grandes enseignes mondiales.
Alors que le Bénin continue son voyage des champs de coton à la haute couture, des exportations brutes à la fabrication à valeur ajoutée, il offre une étude de cas convaincante sur la transformation économique en Afrique.
Un fil à la fois, le Bénin tisse son avenir.
Jacqueline Lotchouang

