L’émergence d’un leadership féminin transformateur
En 2025, l’Afrique voit deux femmes occuper les plus hautes fonctions de leur pays : Samia Suluhu Hassan, présidente de la Tanzanie depuis 2021, et Netumbo Nandi-Ndaitwah, qui vient d’être investie en Namibie. Ces nominations historiques marquent une évolution significative dans un continent où les femmes ont longtemps été écartées des sphères décisionnelles. Au-delà de la symbolique, c’est un véritable changement de paradigme qui s’opère dans la gouvernance africaine.
Samia Suluhu Hassan : la continuité réformatrice
Première femme présidente de Tanzanie, Samia Suluhu Hassan a pris les rênes du pays en 2021 après le décès de John Magufuli. Considérée au départ comme une figure de transition, elle a rapidement imposé sa marque en adoptant une gouvernance plus ouverte et en initiant d’importantes réformes économiques et diplomatiques.
Quatre ans après son accession au pouvoir, son bilan parle de lui-même. La “Mama Samia”, comme l’appellent affectueusement ses concitoyens, a rompu avec le style autoritaire de son prédécesseur pour privilégier une approche plus inclusive et diplomatique. Elle a notamment renoué les liens avec la communauté internationale, attirant des investissements étrangers qui avaient fui sous l’ère Magufuli.
Sa politique économique pragmatique a permis à la Tanzanie de maintenir une croissance solide malgré les défis mondiaux. Elle a lancé d’ambitieux projets d’infrastructures tout en veillant à la redistribution des richesses, notamment dans les zones rurales longtemps négligées.
Sur le plan social, son engagement pour l’émancipation des femmes se traduit par des actions concrètes : renforcement des lois contre les violences basées sur le genre, promotion de l’éducation des filles et mise en place de quotas pour assurer une meilleure représentation féminine dans les instances de décision.
Netumbo Nandi-Ndaitwah : l’audace du renouveau
En Namibie, Netumbo Nandi-Ndaitwah incarne un tournant historique. Première femme élue présidente, elle succède à Nangolo Mbumba et entend impulser une nouvelle dynamique à son pays.
Vétéran de la politique namibienne, son parcours est indissociable de l’histoire de la libération nationale. Combattante de l’indépendance au sein de la SWAPO, elle a ensuite gravi les échelons jusqu’à devenir ministre des Affaires étrangères, poste qu’elle a occupé avec distinction pendant près d’une décennie.
Sa vision pour la Namibie s’articule autour de trois piliers : diversification économique, justice sociale et souveraineté énergétique. Dans un pays fortement dépendant de ses ressources minières, elle ambitionne de développer les secteurs de l’énergie verte, du tourisme durable et de l’agriculture à haute valeur ajoutée.
Face aux défis persistants du chômage des jeunes et des inégalités sociales, elle a promis une réforme ambitieuse du système éducatif pour l’adapter aux besoins du marché du travail. Sa connaissance approfondie des relations internationales lui permet également d’envisager des partenariats stratégiques pour soutenir ces transformations.
Un style de gouvernance différencié
Ce qui distingue ces deux dirigeantes, c’est leur approche du pouvoir. Loin des postures martiales et des discours grandiloquents qui caractérisent souvent les leaders africains, elles privilégient l’efficacité et les résultats tangibles.
Leur style de gouvernance se caractérise par la consultation, la recherche du consensus et une certaine sobriété dans l’exercice du pouvoir. Cette approche, souvent qualifiée de “féminine”, s’avère particulièrement adaptée aux défis contemporains : gestion des ressources naturelles, adaptation au changement climatique, prévention des conflits.
En Tanzanie, Samia Suluhu Hassan a ainsi réussi à apaiser les tensions politiques héritées de son prédécesseur, autorisant une plus grande liberté d’expression tout en maintenant le cap sur les réformes économiques. En Namibie, Nandi-Ndaitwah a d’emblée placé la réconciliation nationale au cœur de son mandat, tendant la main à l’opposition tout en restant ferme sur ses priorités.
Les défis d’un leadership féminin en Afrique
Malgré leurs succès, ces deux présidentes doivent composer avec des obstacles spécifiques. Le sexisme ordinaire reste présent, et leurs décisions sont souvent scrutées avec une sévérité particulière. Certains commentateurs n’hésitent pas à attribuer leurs réussites à leurs conseillers masculins ou à remettre en question leur légitimité.
En Tanzanie, Hassan doit également gérer l’héritage complexe de Magufuli, figure controversée mais populaire auprès d’une partie de la population. En Namibie, Nandi-Ndaitwah fait face à des attentes immenses dans un contexte économique difficile, marqué par les séquelles de la pandémie et l’instabilité des prix des matières premières.
Dans les deux cas, elles doivent naviguer au sein de partis politiques où les structures patriarcales restent puissantes. Leur capacité à construire des alliances stratégiques, tout en restant fidèles à leurs convictions, sera déterminante pour la suite de leurs mandats.
Un modèle inspirant pour l’ensemble du continent
L’accession de ces deux femmes aux plus hautes fonctions constitue une avancée majeure pour la représentation féminine en politique africaine. Au-delà de leur pays respectif, elles inspirent toute une génération de jeunes femmes à travers le continent.
Leurs parcours démontrent que le plafond de verre peut être brisé, même dans des sociétés traditionnellement dominées par les hommes. Plus important encore, leur gouvernance pragmatique et efficace contribue à déconstruire les préjugés sur les capacités des femmes à diriger.
D’autres pays africains semblent suivre cette tendance, avec une augmentation significative du nombre de femmes au sein des gouvernements et des parlements. Le Rwanda, qui maintient la plus forte proportion mondiale de femmes parlementaires (plus de 60%), n’est plus un cas isolé.
Vers un nouveau paradigme de gouvernance africaine ?
Le leadership de Hassan et Nandi-Ndaitwah s’inscrit dans un contexte plus large de transformation de la gouvernance africaine. À l’heure où le continent fait face à des défis complexes, changement climatique, transition démographique, instabilité sécuritaire – leurs approches innovantes et inclusives pourraient bien représenter l’avenir de la politique africaine.
Leur vision politique, axée sur le développement durable, l’éducation et l’autonomisation économique, répond aux aspirations des sociétés africaines contemporaines, particulièrement des jeunes générations qui représentent la majorité de la population.
En privilégiant la diplomatie sur la confrontation, et le développement sur le prestige, elles incarnent une alternative crédible aux modèles de gouvernance traditionnels. L’Afrique, continent le plus jeune du monde, pourrait ainsi devenir un laboratoire de nouvelles formes de leadership, plus adaptées aux défis du XXIe siècle.
Au-delà du symbole, l’efficacité d’une gouvernance renouvelée
Samia Suluhu Hassan et Netumbo Nandi-Ndaitwah ne sont pas simplement des symboles d’émancipation féminine. Elles représentent une nouvelle génération de dirigeants africains qui abordent les défis du continent avec pragmatisme, vision à long terme et sens de l’inclusion.
Leur succès ou leur échec ne sera pas jugé à l’aune de leur genre, mais sur leur capacité à améliorer concrètement la vie de leurs concitoyens. C’est précisément cette normalisation du leadership féminin qui constitue la véritable révolution en cours.
À l’heure où l’Afrique cherche sa voie vers un développement inclusif et durable, ces deux présidentes montrent qu’une autre gouvernance est possible. Une gouvernance où compétence, intégrité et vision priment sur les considérations de genre ou d’appartenance ethnique. Une gouvernance, en somme, résolument tournée vers l’avenir.
Joël NDZENGUE